Quelle intimité à l'heure de Facebook ?
Mardi, 16 Juin 2009 00:00

« Attention à ce que vous postez sur Facebook, cela pourrait se retourner contre vous tôt ou tard. » - Barack Obama, 8 septembre 2009, Arlington
«Les services gratuits ne le sont pas. Les consommateurs paient avec leurs informations personnelles» - Lisa Campbell, avocate au Commissariat à la protection de la vie privée du Canada.
Source : Protégez-vous
La montée en puissance du Web 2.0 et son vaisseau amiral, Facebook, posent la question de la vie privée et du droit à l’anonymat. Les internautes et plus généralement l’opinion se sont saisis de ces questions, comme en témoignent les récentes vagues organisées de « départs en masse de Facebook ». Peut-on protéger sa vie privée sur le nouveau « web social » et comment ? Quels sont nos droits pour y parvenir ?
De la prise de conscience à la contestation
De la vie privée de « Marc L. » disséquée par Le Tigre, à l’affaire Jérôme Bourreau-Guggenheim dans le cadre du débat sur Hadopi, on assiste à une prise de conscience de l’enjeu : nos vies sont sur la toile et il est de plus en plus difficile d’y échapper à moins d’accepter de vivre en autarcie. 20 millions de Français se connectent tous les mois à Facebook, sur toutes les classes d’âge : difficile d’échapper au phénomène, sans toujours avoir une conscience claire du conséquence du partage massif de notre réseau et de nos informations privées. Les chiffres du renseignement pré-recrutement sont édifiants à cet égard. Le blog Bug Brother nous raconte : « 70% des recruteurs américains, 41% des britanniques, 16% des allemands et 14% des français ont déjà eu l’occasion de rejeter une ou plusieurs candidatures du fait de ce qu’ils avaient trouvé, à leurs sujets, sur internet ».
La protestation contre la manière dont Facebook conçoit la confidentialité de ses données est permanente. Le débat devient grand public et la CNIL multiplie les recommandations. Ainsi, les Français prennent-ils conscience de la fragilité de leur vie privée. On assiste même désormais à des « suicides facebook », qui sur un ton humoristique, dénoncent l’abus de collecte : le site Seppukoo (du nom du fameux suicide japonais) proposait donc un tutorial vidéo pour aider les samurais du Web à se supprimer de Facebook.
Tout le monde s'est amusé de cette entreprise parodique... Tout le monde ? Non. Le roi Facebook, lui, ne riait pas, et prit les mesures qui s'"imposaient" (menace et censure), en invoquant... le respect du droit à la vie privée !
Beaucoup oublient en effet que Facebook est une société privée, à but commercial, et leurs critiques butent sur un point de droit : les données renseignées sur le réseau social par les utilisateurs ne lui appartiennent pas (ou plus), aussi paradoxal que cela paraisse. C’est Facebook qui décide de l’emploi de ses bases de données renseignées par chacun…
Tout est public : une nouvelle norme sociale ?
Si le point de vue de Mark Zuckerberg (PDG de Facebook) selon lequel exposer sa vie privée, hors anonymat, est devenu une nouvelle « norme » sociale n’est pas qu’une jolie maxime destinée à légitimer sa stratégie, alors sommes-nous à l’aube d’une civilisation du « tout public » ? De là à faire le rapprochement avec le 1984 d’Orwell… Aurions-nous collectivement oublié les vertus de la pudeur ou bien les réflexes de protection sont-ils encore en gestation ?
Aujourd’hui, Facebook propose une gestion « simplifiée » de la confidentialité sur le site, mais les possibilités de traçage des internautes sont quasiment infinies : Google enregistre nos préoccupations (requêtes), notre messagerie peut nous géolocaliser en temps réel, « Facebook connect », derrière trouvaille de Facebook, cartographie nos réseaux, nos goûts, notre capacité d’influence… Ces fonctionnalités OpenGraph proposent une expérience de navigation personnalisée « monnayée » par le don de nos informations personnelles.
On se réjouira d’apprendre que les instances gouvernementales américaines veillent de près au respect de notre vie privée. On pourra espérer que la concurrence - en la matière il faut signaler des initiatives privées de réseaux sociaux en open source - conduise Facebook à infléchir sa stratégie.
En conclusion, et malgré quelques soulèvements, nous en sommes encore au stade de la découverte et de l’expérimentation des usages. Comment accepter, à terme, qu’une société privée archive et utilise à toutes fins commerciales des données extrêmement privées (des photos de vacances, des liens d’amitiés), sans limite et sans garantie pour l’utilisateur ? Gageons que le respect de la vie privée sera une des principales questions politiques posées à Internet dans les prochaines années.
Source : Protégez-vous
La montée en puissance du Web 2.0 et son vaisseau amiral, Facebook, posent la question de la vie privée et du droit à l’anonymat. Les internautes et plus généralement l’opinion se sont saisis de ces questions, comme en témoignent les récentes vagues organisées de « départs en masse de Facebook ». Peut-on protéger sa vie privée sur le nouveau « web social » et comment ? Quels sont nos droits pour y parvenir ?
De la prise de conscience à la contestation
De la vie privée de « Marc L. » disséquée par Le Tigre, à l’affaire Jérôme Bourreau-Guggenheim dans le cadre du débat sur Hadopi, on assiste à une prise de conscience de l’enjeu : nos vies sont sur la toile et il est de plus en plus difficile d’y échapper à moins d’accepter de vivre en autarcie. 20 millions de Français se connectent tous les mois à Facebook, sur toutes les classes d’âge : difficile d’échapper au phénomène, sans toujours avoir une conscience claire du conséquence du partage massif de notre réseau et de nos informations privées. Les chiffres du renseignement pré-recrutement sont édifiants à cet égard. Le blog Bug Brother nous raconte : « 70% des recruteurs américains, 41% des britanniques, 16% des allemands et 14% des français ont déjà eu l’occasion de rejeter une ou plusieurs candidatures du fait de ce qu’ils avaient trouvé, à leurs sujets, sur internet ».
La protestation contre la manière dont Facebook conçoit la confidentialité de ses données est permanente. Le débat devient grand public et la CNIL multiplie les recommandations. Ainsi, les Français prennent-ils conscience de la fragilité de leur vie privée. On assiste même désormais à des « suicides facebook », qui sur un ton humoristique, dénoncent l’abus de collecte : le site Seppukoo (du nom du fameux suicide japonais) proposait donc un tutorial vidéo pour aider les samurais du Web à se supprimer de Facebook.
Tout le monde s'est amusé de cette entreprise parodique... Tout le monde ? Non. Le roi Facebook, lui, ne riait pas, et prit les mesures qui s'"imposaient" (menace et censure), en invoquant... le respect du droit à la vie privée !
Beaucoup oublient en effet que Facebook est une société privée, à but commercial, et leurs critiques butent sur un point de droit : les données renseignées sur le réseau social par les utilisateurs ne lui appartiennent pas (ou plus), aussi paradoxal que cela paraisse. C’est Facebook qui décide de l’emploi de ses bases de données renseignées par chacun…
Tout est public : une nouvelle norme sociale ?
Si le point de vue de Mark Zuckerberg (PDG de Facebook) selon lequel exposer sa vie privée, hors anonymat, est devenu une nouvelle « norme » sociale n’est pas qu’une jolie maxime destinée à légitimer sa stratégie, alors sommes-nous à l’aube d’une civilisation du « tout public » ? De là à faire le rapprochement avec le 1984 d’Orwell… Aurions-nous collectivement oublié les vertus de la pudeur ou bien les réflexes de protection sont-ils encore en gestation ?
Aujourd’hui, Facebook propose une gestion « simplifiée » de la confidentialité sur le site, mais les possibilités de traçage des internautes sont quasiment infinies : Google enregistre nos préoccupations (requêtes), notre messagerie peut nous géolocaliser en temps réel, « Facebook connect », derrière trouvaille de Facebook, cartographie nos réseaux, nos goûts, notre capacité d’influence… Ces fonctionnalités OpenGraph proposent une expérience de navigation personnalisée « monnayée » par le don de nos informations personnelles.
On se réjouira d’apprendre que les instances gouvernementales américaines veillent de près au respect de notre vie privée. On pourra espérer que la concurrence - en la matière il faut signaler des initiatives privées de réseaux sociaux en open source - conduise Facebook à infléchir sa stratégie.
En conclusion, et malgré quelques soulèvements, nous en sommes encore au stade de la découverte et de l’expérimentation des usages. Comment accepter, à terme, qu’une société privée archive et utilise à toutes fins commerciales des données extrêmement privées (des photos de vacances, des liens d’amitiés), sans limite et sans garantie pour l’utilisateur ? Gageons que le respect de la vie privée sera une des principales questions politiques posées à Internet dans les prochaines années.
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